Sud globalSud global·Burkina Faso, souveraineté minière
Au Burkina Faso, l’or raffiné à domicile se heurte au verrou de Londres
Le capitaine Ibrahim Traoré a inauguré le 28 septembre la première raffinerie d’or du pays, vitrine de sa politique de souveraineté économique. Mais pour peser sur le marché mondial, les lingots burkinabè devront encore trouver assez de minerai et, surtout, gagner la confiance de Londres.
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En bref
- Le Burkina Faso a inauguré le 28 septembre RAFFINOR-BF, sa première raffinerie d’or, d’une capacité de 164 tonnes par an.
- Elle s’inscrit dans une politique de souveraineté minière marquée par les nationalisations, que partage le Mali.
- Sans agrément « Good Delivery » de la LBMA et sans assez de minerai, l’usine risque de rester un outil plus politique qu’économique.
Le chef de la junte burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a inauguré lundi 28 septembre à Ouagadougou la première raffinerie d’or du pays, baptisée RAFFINOR-BF, et assisté à la coulée des premiers lingots, rapporte le quotidien public Sidwayasource 1. Selon le Journal du Fasosource 2, l’usine peut traiter 164 tonnes d’or par an dans une première phase, puis 515 tonnes à terme, pour produire des lingots d’une pureté de 99,9 %. Installée sur cinq hectares dans le quartier de Ouaga 2000, elle doit créer 100 emplois directs et 5 000 indirectssource 3.
Le chantier, lancé en 2023, a coûté 11 milliards de francs CFA (environ 19 millions de dollars), financés par l’État via la Société nationale des substances précieuses (SONASP) et des partenaires privés, précise l’AFPsource 4. « Notre ambition n’est plus d’être un pays qui se contente d’extraire et d’expédier ses matières premières à l’étranger », a déclaré le chef de l’État, cité par la présidence (traduit de l’anglais). Selon Reuterssource 6, il veut que le pays prenne le contrôle de toute la chaîne de valeur.
Un géant aurifère qui exportait son or brut
Le Burkina Faso est le troisième producteur d’or du continent, avec plus de 94 tonnes extraites en 2025 selon le World Gold Council, cité par l’AFPsource 5. Jusqu’ici, l’essentiel quittait le pays sous forme de doré, un alliage brut, affiné et certifié à l’étranger, note Associated Presssource 7. Le site spécialisé burkinabè Mines Actu Burkinasource 8 expliquait dès 2023 que les mines industrielles envoyaient leur production vers trois raffineries suisses, Metalor, MKS PAMP et Argor-Heraeus, en raison de leur agrément par la London Bullion Market Association (LBMA).
La raffinerie prolonge une reprise en main engagée depuis le coup d’État de 2022. Le code minier révisé en 2024 a créé une compagnie publique, la SOPAMIB, qui a récupéré les mines de Boungou et de Wahgnion, jusque-là détenues par le britannique Endeavour Mining, selon Mining Technologysource 9 ; en avril 2025, le Premier ministre annonçait d’autres nationalisationssource 10. Le voisin malien, partenaire de Ouagadougou au sein de l’Alliance des États du Sahelsource 14, construit de son côté près de Bamako une raffinerie de 200 tonnes détenue à 62 % par l’État et à 38 % par le russe Yadran, rapporte Mining Technologysource 11.
Deux paris encore à gagner
Le premier est l’approvisionnement. La capacité annoncée dépasse largement la production nationale, souligne le site AfricActusource 12 : l’orpaillage artisanal et semi-mécanisé, qui a fourni plus de 40 tonnes en 2025 selon les données nationales, devient indispensable, et la réglementation ouvre la porte au raffinage d’or importé.
Le second est la reconnaissance internationale. D’après NotreAfriksource 13, le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et la Côte d’Ivoire affichent ensemble plus de 950 tonnes de capacités annoncées, pour environ 230 tonnes d’or industriel produit, et aucune de ces raffineries ne figure sur la liste « Good Delivery » de la LBMA, qui certifie pureté, traçabilité et gouvernance et ouvre l’accès aux prix de Londres. Sur le continent, seule la sud-africaine Rand Refinery y est inscrite.
Tant que ce label manquera, les grandes compagnies minières encore présentes auront peu de raisons de renoncer aux affineurs suisses. RAFFINOR-BF est donc d’abord un symbole politique, dont la portée économique dépendra de la capacité de l’État à tracer un or artisanal réputé difficile à contrôler.
Pour aller plus loin
5 ressources · Agence Ecofin, Forbes Afrique, Wikipédia (en anglais) et 2 autres ressources
Sources 14
Sidwaya, Journal du Faso, The Africa Report et 9 autres médias
- Souveraineté minière : le Président du Faso inaugure la première raffinerie d’or Sidwaya, 28 septembre 2026 sidwaya.info
- RAFFINOR-BF, la première raffinerie d’or du pays, officiellement inaugurée Journal du Faso, septembre 2026 journaldufaso.com
- Burkina Faso: Ibrahim Traoré opens first gold refinery in push for mining sovereignty The Africa Report, septembre 2026 theafricareport.com
- Top gold producer Burkina Faso opens first refinery AFP via Eyewitness News, 29 septembre 2026 ewn.co.za
- Top gold producer Burkina Faso opens first refinery AFP via Free Malaysia Today, 29 septembre 2026 freemalaysiatoday.com
- Burkina Faso opens gold refinery in push to retain more value Reuters via Mining.com, septembre 2026 mining.com
- Burkina Faso opens first $19 million gold refinery to process more of its mineral wealth locally AP via Pulse Ghana, 29 septembre 2026 pulse.com.gh
- Why do Burkina Faso mines prefer to refine their gold in Switzerland ? Mines Actu Burkina, 20 avril 2023 minesactu.info
- Burkina Faso nationalises gold mining assets, shifting control to state-owned miner Mining Technology mining-technology.com
- Burkina Faso to nationalize more industrial mines Reuters via Mining.com, avril 2025 mining.com
- Mali starts building Russia-backed gold refinery to enhance control over resources Mining Technology, 2025 mining-technology.com
- Raffinerie d’or au Burkina Faso : le défi des 164 tonnes AfricActu, septembre 2026 africactu.com
- Raffineries d’or : 4 projets ouest-africains, 0 agréé LBMA NotreAfrik notreafrik.com
- Alliance des États du Sahel Wikipédia fr.wikipedia.org