Sciences & santéSciences·Ebola en RDC
Ebola Bundibugyo, la science court derrière une épidémie sans vaccin homologué
L’épidémie d’Ebola due au virus Bundibugyo a dépassé 8 000 cas confirmés en République démocratique du Congo, près de la moitié mortels. Faute de vaccin et de traitement homologués, chercheurs et soignants testent leurs outils en pleine crise, et la génétique éclaire l’origine du virus.
Touchez un chiffre3 pour voir la source, un terme en pointillé pour sa définition.
En bref
- L’épidémie d’Ebola Bundibugyo en RDC dépasse 8 000 cas confirmés et 3 900 décès, la pire de l’histoire du pays.
- Le séquençage de 22 génomes suggère un nouveau passage de l’animal à l’homme, avec une transmission interhumaine soutenue.
- Vaccin Ervebo, anticorps MBP134, remdesivir et vaccin ChAdOx1 BDBV sont testés en pleine épidémie, sans efficacité encore démontrée contre cette souche.
Le cap est franchi : l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo (RDC) compte désormais 8 067 cas confirmés et 3 901 décèssource 1, soit une létalité de 48,4 %, selon le bilan de l’institut congolais de santé publique rapporté le 28 septembre par Al Jazeera. Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), citée par le même média, l’épidémie déclarée le 15 mai est « loin d’être terminée » (traduit de l’anglais) et en passe de dépasser celle d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui avait tué plus de 11 000 personnes.
Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladiessource 2, 63 zones de santé réparties dans sept provinces sont touchées. L’Ituri reste l’épicentre, avec 6 155 cas et 2 834 décès. C’est la plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée en RDC, toutes espèces virales confondues, et seulement la deuxième due au virus Bundibugyo dans le pays, après celle de 2012.
Les tendances sont contrastées. Entre le 31 août et le 20 septembre, les cas ont reculé d’environ 26 % en Ituri et 15 % dans le Haut-Uelesource 3, mais bondi de 73 % au Nord-Kivu, tandis que l’arrivée du virus à Dungu, à la frontière du Soudan du Sud, fait craindre une propagation transfrontalière, rapporte ONU Info. Le ministère congolais de la Santé fait état d’une baisse des nouveaux cas, des décès et des taux de positivité et de reproductionsource 4, avec un suivi des contacts atteignant 78,3 % au 22 septembre et sept zones de santé sans nouveau cas depuis 42 jours.
Un virus nouveau, des outils empruntés
D’où vient ce virus ? Une étude publiée dans Nature Medicinesource 5 a séquencé 22 génomes prélevés chez des malades en RDC et en Ouganda. En les comparant aux souches connues (une méthode dite phylogénétique), les auteurs montrent qu’ils forment un groupe distinct des variants des épidémies de 2007 et 2012, et relèvent des indices d’une transmission interhumaine soutenue. Ce résultat plaide pour un nouveau passage de l’animal à l’homme plutôt que pour la résurgence d’un virus ancien ; il repose toutefois sur quelques dizaines de génomes pour plus de 8 000 cas.
Le principal handicap reste thérapeutique : il n’existe aucun vaccin ni traitement approuvésource 1 contre la souche Bundibugyo. D’où une recherche menée au cœur de l’épidémie. En Ituri, 20 000 des 50 000 soignants et agents de première lignesource 6 vaccinés avec l’Ervebo seront suivis pendant un an. Ce vaccin, « très efficace » contre le virus Ebola Zaïre, n’a pas démontré qu’il offrait une protection significative contre Bundibugyo : c’est précisément ce que l’essai doit mesurer.
Côté traitements, l’essai PARTNERS, lancé le 2 juillet à Bunia, répartit les malades par tirage au sortsource 7 entre quatre groupes : soins de support seuls, ou complétés par l’anticorps monoclonal MBP134, par l’antiviral remdesivir, ou par les deux. Il vise 700 à 1 000 participants, sous l’égide de l’OMSsource 8. Ce dispositif est indispensable : un cas isolé traité par anticorps et remdesivirsource 9, décrit dans Nature Medicine, ne peut à lui seul prouver l’efficacité d’une combinaison.
Enfin, le premier vaccin spécifique, ChAdOx1 BDBV, conçu à Oxford, est entré en essai de phase 1source 10 chez 50 adultes pour évaluer sa sécurité et la réponse immunitaire ; le Serum Institute of India en a déjà stocké environ 620 000 doses. Reste l’obstacle humain : la défiance envers les autoritéssource 1, les conflits et l’enclavement freinent la riposte, pour laquelle les États-Unis ont débloqué 267 millions de dollars supplémentaires sur un objectif de 2 milliards.
Pour aller plus loin
5 ressources · Institut Pasteur, The Lancet Infectious Diseases, New England Journal of Medicine et 2 autres ressources
Sources 10
Al Jazeera, ECDC, ONU Info et 6 autres médias
- Ebola cases surpass 8,000 as DRC struggles to control outbreak Al Jazeera, 28 septembre 2026 aljazeera.com
- Ebola disease outbreak in the Democratic Republic of the Congo ECDC, mis à jour fin septembre 2026 ecdc.europa.eu
- Ebola en RDC : la baisse des cas en Ituri ne suffit pas encore à enrayer l’épidémie ONU Info, septembre 2026 news.un.org
- La situation d’Ebola évolue favorablement en RDC, selon le ministère de la Santé Radio Okapi, 27 septembre 2026 radiookapi.net
- Emergence of a Bundibugyo virus variant in the 2026 outbreak in the Democratic Republic of the Congo and Uganda Nature Medicine, 2026 nature.com
- Ebola vaccine trial begins in DR Congo UN News, septembre 2026 news.un.org
- A study into two treatments for the Bundibugyo virus is set to begin in Bunia Institut de médecine tropicale d’Anvers, 2026 itg.be
- Patient enrolment begins in a scientific trial to identify the first effective treatments for Bundibugyo virus disease OMS, 2 juillet 2026 who.int
- A case of Bundibugyo virus disease treated with monoclonal antibodies and remdesivir Nature Medicine, 2026 nature.com
- The world’s first Bundibugyo Ebola vaccine has entered human trials: here’s why it matters Gavi, 2026 gavi.org