Politique françaisePolitique·Après les sénatoriales 2026
Au Sénat, la stabilité en trompe-l’œil d’une droite désormais cernée
Le renouvellement de la moitié du Sénat, dimanche 27 septembre, confirme la domination de la droite et du centre au palais du Luxembourg. Mais l’entrée d’un groupe Rassemblement national et des premiers élus insoumis déplace les lignes d’une chambre qui se voulait le môle de stabilité d’une République sans majorité.
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Ils étaient près de 94 000 grands électeurs, maires et conseillers municipaux dans leur immense majorité, appelés à renouveler 178 des 348 sièges du Sénat, selon le ministère de l’Intérieur. Au soir du 27 septembre, le résultat tenait en un paradoxe : rien ne change dans l’équilibre général de la Haute Assemblée, et pourtant quelque chose s’y est rompu. Pour la première fois, le Rassemblement national (RN) disposera d’un groupe parlementaire au palais du Luxembourg ; pour la première fois aussi, La France insoumise (LFI), fondée dix ans plus tôt, y fait son entrée.
Une majorité sénatoriale qui s’effrite sans vaciller
La photographie d’ensemble est celle de la continuité. D’après les décomptes publiés par Toute l’Europe, le groupe Les Républicains (LR), qui comptait 131 membres avant le scrutin, devrait en réunir entre 124 et 126, tandis que l’Union centriste passerait de 59 à 56 ou 58 sénateurs. La droite et le centre conservent ainsi la majorité nette qu’ils détiennent depuis 2014. LR reste de loin la première force de l’hémicycle, avec environ 35 % des sièges, et Bruno Retailleau a été aisément reconduit en Vendée, où sa liste a remporté les trois sièges en jeu.
Le mot qui revient pourtant dans les rangs de la droite est celui d’« érosion ». Public Sénat rapporte qu’un sénateur LR regrettait, en substance, que son camp ait perdu six ou sept sièges au lieu d’en gagner autant. La gauche socialiste connaît, elle aussi, un léger recul, compensé par quelques gains dans le Doubs et l’Hérault. Les écologistes accusent trois pertes, notamment en Gironde et en Alsace, que Public Sénat relie directement au basculement de Bordeaux et de Strasbourg lors des municipales du printemps : le Sénat, élu au suffrage indirect, enregistre avec retard les secousses du scrutin local.
La formation la plus affaiblie est le groupe macroniste RDPI. Sur ses 19 membres, il n’en conserve de façon certaine que dix, selon Public Sénat. Ce reflux illustre la faible implantation locale d’un courant qui n’a jamais su se doter d’un réseau d’élus comparable à celui des partis traditionnels.
Le RN franchit le seuil de l’institution
L’événement du scrutin est ailleurs. Le RN, qui ne comptait que trois sénateurs avant le renouvellement, a franchi avec ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti le seuil de dix membres nécessaire à la constitution d’un groupe. Les premiers décomptes divergent légèrement, entre quatorze et quinze élus pour l’ensemble RN-UDR selon les sources, mais le résultat politique ne fait pas débat. L’UDR revendique trois élus, dont Laurent Castillo et Gaëlle Frontoni dans les Alpes-Maritimes, fief de M. Ciotti, et Sylvie Goy-Chavent dans l’Ain. Jordan Bardella a salué la constitution d’un groupe « pour la première fois de son histoire », y voyant, selon Public Sénat, « une étape supplémentaire pour la présidentielle ».
Cela va nous permettre de rentrer dans le jeu institutionnel.
Un sénateur RN, cité par franceinfo
La formule dit l’essentiel. Être constitué en groupe, au Sénat comme à l’Assemblée, n’est pas une affaire symbolique : cela ouvre droit à une question chaque semaine lors des questions au gouvernement, à des moyens financiers pour préparer le travail législatif, à une place dans les instances dirigeantes de l’institution, à une capacité d’inscrire des textes à l’ordre du jour et à un droit de tirage annuel. Pour un parti longtemps tenu à la marge d’une chambre réputée pour ses usages feutrés, c’est une forme de normalisation par la procédure, qui prolonge celle déjà engagée à l’Assemblée nationale depuis 2022.
Cette percée pose une question stratégique immédiate à la droite sénatoriale. M. Bardella a réitéré sa volonté de « tendre la main aux patriotes sincères des LR » et évoque, en cas de victoire en 2027, un « gouvernement d’ouverture ». Le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, a opposé une fin de non-recevoir : « Il n’y aura pas de porosité. Nous resterons sur notre ligne », a-t-il déclaré selon Public Sénat. Toute la question est de savoir si cette ligne tiendra dans le huis clos des commissions et au fil des votes, là où les majorités se font texte par texte.
À gauche, l’entrée de LFI se fait par une porte étroite. Gabriel Amard, élu dans le Rhône, devient le premier sénateur insoumis et parle d’une entrée « historique ». En Haute-Garonne, Marc Péré, tête d’une liste d’union associant LFI, les Écologistes et Génération.s, a également été élu, sans être formellement membre du mouvement. Mais dans le Rhône, la division de la gauche, avec une liste dissidente conduite par Bruno Bernard, lui a coûté un siège, rapporte Lyon Capitale : le mode de scrutin sénatorial, qui récompense les alliances entre élus locaux, pénalise durement la désunion.
Un Sénat pivot dans une République sans majorité
Ces équilibres comptent d’autant plus que le Sénat s’apprête à redevenir le point d’appui d’un système parlementaire fragilisé. Depuis la dissolution de 2024, l’Assemblée nationale n’offre aucune majorité stable ; la chambre haute, dominée par la droite et le centre, a joué le rôle de lieu de réécriture et de compromis, notamment sur les textes budgétaires. Gérard Larcher, qui a officialisé dans une lettre datée du 21 septembre sa candidature à sa propre succession, a résumé l’enjeu au soir du scrutin en souhaitant que le Sénat reste « l’assemblée du débat apaisé, de la raison et de la réflexion ». Il s’est engagé, selon franceinfo, à permettre à chaque groupe d’exercer pleinement ses droits, y compris dans les instances de la Haute Assemblée. L’élection du président du Sénat est prévue le 1er octobre.
Le calendrier qui s’ouvre est redoutable. Le gouvernement, qui n’a pas convoqué de session extraordinaire en septembre en invoquant précisément les sénatoriales, doit présenter le 30 septembre en Conseil des ministres le projet de loi de finances pour 2027, dont l’examen en séance à l’Assemblée est annoncé à partir du 12 octobre. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, y propose, selon Euronews, un effort d’environ 54 milliards d’euros sans hausse d’impôts, faute de quoi le déficit atteindrait 6,5 % du PIB en 2027 ; il vise un déficit ramené entre 4,8 % et 5 %. La présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, a annoncé une censure quoi qu’il arrive, tandis que Marine Le Pen conditionne la position du RN au recours éventuel à l’article 49.3, rapporte le Journal du Net.
Dans ce contexte, le Sénat renouvelé sera à la fois plus conforme et plus contesté. Plus conforme, parce que sa majorité de droite et du centre, intacte, restera le partenaire incontournable de toute navette et de toute commission mixte paritaire. Plus contesté, parce que la présence d’un groupe RN et d’élus insoumis y introduit, pour la première fois, les deux pôles de la polarisation qui structure l’Assemblée nationale. Il est probable que la Haute Assemblée conserve sa culture du compromis ; il est moins certain qu’elle reste, à l’approche de 2027, à l’abri des logiques de campagne qui traversent désormais l’ensemble du Parlement.
Sources 14
Toute l'Europe, Ministère de l'Intérieur, Public Sénat et 7 autres médias
- Sénatoriales 2026 : la droite conserve sa majorité, le RN obtient un groupe et LFI entre au Sénat Toute l’Europe, septembre 2026 touteleurope.eu
- Résultats des élections sénatoriales 2026 Ministère de l’Intérieur, septembre 2026 interieur.gouv.fr
- Sénatoriales : Les Républicains limitent l’érosion et sont priés de se positionner vis-à-vis du RN Public Sénat, septembre 2026 publicsenat.fr
- Sénatoriales 2026 : découvrez les équilibres politiques du Sénat à l’issue des élections Public Sénat, septembre 2026 publicsenat.fr
- « Une étape supplémentaire pour la présidentielle » : Jordan Bardella « ravi » de l’arrivée d’un groupe RN au Sénat, « tend la main aux patriotes sincères des LR » Public Sénat, septembre 2026 publicsenat.fr
- « Cela va nous permettre de rentrer dans le jeu institutionnel » : ce que change l’obtention historique par le RN d’un groupe parlementaire au Sénat franceinfo, septembre 2026 franceinfo.fr
- Elections sénatoriales : Gérard Larcher souhaite que le Sénat reste « l’assemblée du débat apaisé, de la raison et de la réflexion » franceinfo, 27 septembre 2026 franceinfo.fr
- Résultats des élections sénatoriales 2026 : dix ans après sa création, La France insoumise fait son entrée au Sénat franceinfo, septembre 2026 franceinfo.fr
- Sénatoriales dans le Rhône : Gabriel Amard fait entrer LFI au Sénat, la gauche perd un siège Lyon Capitale, septembre 2026 lyoncapitale.fr
- En direct - Elections sénatoriales : le RN aura un groupe « pour la première fois de son histoire » avec son allié de l’UDR, se félicite Jordan Bardella CNews, 27 septembre 2026 cnews.fr
- [[Info Public Sénat] Gérard Larcher officialise sa candidature à la présidence du Sénat dans une lettre aux sénateurs](https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/info-public-senat-gerard-larcher-officialise-sa-candidature-a-la-presidence-du-senat-dans-une-lettre-aux-senateurs) — Public Sénat, septembre 2026
- Pas de rentrée parlementaire en septembre : le gouvernement officialise sa décision LCP, 2026 lcp.fr
- Vacances parlementaires 2026-2027 et calendrier des sessions Legiwatch, 2026 legiwatch.fr
- Budget 2027 : Sébastien Lecornu propose 54 milliards d’euros d’économies Euronews, 17 septembre 2026 fr.euronews.com
- Budget 2027 : la gauche promet la censure au gouvernement Lecornu Journal du Net, septembre 2026 journaldunet.com